Blog musical : news rock, infos concerts, critiques de disques
"Blood pressures"
Trahison est-elle raison ? On ne remerciera pas les Kills de nous contraindre à nous poser cette question ...
Arrivés à une époque où le terme était totalement galvaudé, les Kills ont, à leur manière, redéfini le rock …
Autarcie la plus totale (« Fuck the people » clamaient-ils sur « Keep on your mean side » ), usage de pseudonymes surannés pour mieux nous faire comprendre que leur monde n’était pas le nôtre, concerts fascinants au cours duquel le spectateur avait toujours l’impression de forcer leur intimité...
Et le plus, important, deux premiers albums au cordeau : sans fioriture ni compromis …
Mains de fer dans un gant de velours, les Kills étaient entiers.
Puis « Midnight Boom » a amorcé une impeccable évolution musicale : moins brut de production que ses prédécesseurs, les Kills y réinventaient leur style, et loin de se laisser enfermer dans un genre qui aurait fini par devenir redondant, se définissaient de nouveaux horizons musicaux ("Cheep & cheerfull", "Black Ballon", "Last day of magic", "Good night bad morning") tout en restant fidèles à leurs préceptes.
Parcours sans faute, indéniablement …
Et soudain, on n’a plus compris …
Couvertures de mode, icônes publicitaires pour marques BCBG, cibles des tabloïds avec l’immixtion d’une certaine supermodel dans la vie du groupe, concerts privés diffusés par un opérateur téléphonique …
Ceux qui quelques années plus tôt portaient haut l’étendard d’un Rock sans compromis devenaient soudain le symbole d’une forme de récupération commerciale aux relents franchement nauséabonds de ce que cette musique a de plus pur.
Les doux rêveurs qui pouvaient encore croire que le Rock était une entité vivante se suffisant à elle-même, insensible aux sirènes de la société commerciale, en ont été pour leurs frais et y ont sans doute laissé leurs dernières illusions …
Pour cela , les Kills sont impardonnables.
Lorsque la Musique vous offre une identité, elle vous confie aussi une responsabilité : vous devenez le vecteur de ses valeurs, son incarnation concrète dans l'imagerie collective, qu'il vous appartient humblement de faire vivre et de respecter.
En s'offrant en pâture à la société commerciale, les Kills ont trahi ...
Et c’est dans ce contexte qu’apparaît ce nouvel album sur lequel, sincèrement, on aurait eu envie de dauber abondamment.
Mais cela ne serait pas honnête : les Kills sont bons, ils viennent encore de le prouver, même si cela fait mal désormais de le reconnaître.
Ce quatrième album poursuit en effet le chemin parfaitement balisé par « Midnight boom », et même si les compositions sont objectivement de moindre qualité que sur ce dernier, elles restent de très hautes factures (le single « Satellite », « DNA », « Last goodbye », la clôture « Pots and Pans » …).
Les expériences d’Alison Mosshart au sein du Dead Weather de Jack White n’y sont sans doute pas rien, le son est également plus lourd sans être trop massif, même si certains artifices de production frôlent l’auto-caricature (par exemple la rythmique à base de balles de ping-pong sur « Heart is a beating drum » : sérieux ?).
Mais l’album dans son ensemble reste parfaitement cohérent, et continue d’affirmer une identité propre à ce groupe qui n’est, malheureusement, plus que musicale.
Et c’est d’ailleurs le nœud du problème.
En effet là où on aurait pu croire que l’inspiration des Kills eut pu être tarie par la perte indubitable de leur innocence, c’est tout le contraire qui se produit.
On avait pris les Kills pour des utopistes magnifiques dont la création et la protection de leur propre univers fermé étaient indispensables à la créativité…
Ces gens ne sont en réalité que des talents froids.
Note : 7/10